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Les géographes en prenant des cotes et en établissant la cartographie d'un lieu, opèrent aussi un travail de mémoire.

L'histoire du moulin de Cantizac à Séné peut être retracée par les cartes disponibles.

La carte de Cassini, qui date du XVIII°siècle, montre que la vasière naturelle au fond du Golfe du Morbihan est déjà exploitée pour sa force marémotrice.

Cantizac Cassini     Nicolas Fouquet

Selon Camille Rollando, (Séné d'Hier et d'Aujourd'hui) le moulin de Cantizac appartenait à Nicolas FOUQUET [1615-1680]. Le roi Louis XIV le lui confisque en 1664. Après sa mort, son épouse Marie Madeleine de Castille reprend la possession du moulin de Cantizac et des terres.(sources wiki-pedia).

Vers 1676, Yves Cormier et sa femme Jaquette Morice sont meuniers à Cantizac (Source Rollando). 

Entre 1726 et 1767, le moulin de Cantizac entre dans les biens des Dames de la Visitation.

Photo : Le moulin Hénant situé sur l'Aven- à Névez. Peut-être que le moulin de Cantizac ressemblait à ce moulin avant la Révolution.

moulin Hénant LAven Névez

A la Révolution, le bien devient national. La terre de Cantizac et ses dépendances sont acquises, le 20 avril 1791, par M. Périer, Directeur de la Compagnie des Indes à Lorient, au prix de 85,000 livres.(Source infobretagne.com). Jacques Paul Augustin PERIER [26/05/1746-1793] s'était marié en 1777 à Marie-Charlotte CARIER. Issu d'une noblesse récente, Périer est inquiété pendant la Terreur. Il se suicide à Lorient en 1793, durant, ou juste après son incarcération. En 1794, son épouse et sa fille seront assassinées par les Chouans sur la route de Lorient en allant recueillir sa succession.

Cet extrait d'un livre atteste cette acquisition.

1791 cantizac Périer

Les regisitres de l'état civil de Séné, numérisés par les Archives du Morbihan, permettent, avec un peu de patience et d'attention, de trouver des actes où les citoyens de Séné sont nommés ainsi que leur profession. Il n'existait pas encore de recensement.

1796 LETTY Marc fils de meunier Cantizac

Ainsi, l'acte de naissance de Pierre Marie LETTY, né le 1er août 1796 ("vieux style" correspondant au 14 Thermidor de l'An IV) nous indique que ses parents, Marc LETTY [1771-26/07/1805] et Marie Jean BOUILLY [1776-7/07/1805], sont meuniers à Cantizac. Le père de Marc, Vincent Letty était déjà meunier à Treffléan. Les époux Letty décèdent en 1805 et il semble que de leurs nombreux enfants, sans doute trop jeunes, aucun n'ait pu reprendre le moulin.

La minoterie échoit au beau-frère de Marc Letty, Toussaint DALIDO [29/10/1780-27/05/1828], époux de Louise BOUILLY [2/09/1784-27/06/1823]. L'acte de naissance de sa fille en 1820 nous atteste l'activité de meunier des Toussaint DALIDO à Cantizac. Les DALIDO sont issus d'une famille de meuniers établis à Billiers. Une branche de la famille donnera Louis Jules DALIDO, patron du Moulin de l'Etang aux Ducs à Vannes, qui brûlera dans un terrible incendie en 1910.

1820 Dalido meunier fille Louise

La malchance règnerait-elle au sein des meuniers à Séné ? Toussaint DALIDO perd sa femme en 1823 et décède en 1828. Les sites de genealogie recensent plus de 8 enfants, dont deux jumeaux mais aucun n'arrive à l'âge adulte. A son décès en 1828, le moulin va changer de propriétaire.

Extrait du cadastre 1810 : le moulin est positionné sur la digue; la maison du moulin est quant à elle sise sur le chemin qui mène au manoir. La carte figure aussi le "gois" à Kerhuileu fait de pierres qui permet de gagner la pointe de Rosvellec.

Cantizac cadastre 1810 2

Dans l´enquête industrielle de 1836, ce moulin est décrit comme un moulin à roue droite, avec une meule venant de Vannes et une qualité des moutures dite à la grosse (farine utilisée uniquement par le boulanger qui réalisait lui-même le tamisage) ou à la lyonnaise (son moulu une seconde fois).(Source Inventaire du Patrimoine de Bretagne).    

Lors du dénombrement de 1841, Julien DENE déclare l'activité de meunier à Cantizac et emploie un garçon meunier. La consultation des tables décennales et des sites de genealogie permet de retrouver l'acte de décès de Julien DESNE à Séné Cantizac le 2/07/1855. Il a marié sa fille Mathurine Anne [19/08/1817 Plumelec - 2/03/1878 Le Hézo] à un meunier du Hézo en 1848. Il a enterré son fils Jean [28/11/1824 Plaudren - 8/07/1854 Limoges, transcrit à Séné] alors incorporé dans le 5° régiment des hussard à Limoges.

1841 Meuniers Cantizac DENE

 Carte postale : figurant en habit de garçon meunier coiffé de la calaboussen et chaussé de sabot. Roscoff

Fils de meunier coiffé de la calaboussen

Toutefois sa fille, Louise Françoise DENE [29/09/1815 Plumelec] se marie en1840 avec Pierre LE RIDANT, un gars de Séné, et déclare la profession de meunière. Pierre LE RIDANT adopte le métier de sa femme.

Extrait de cadastre 1844 :

L'étang de Cantizac reçoit les eaux du ruisseau éponyme en amont. la route principale qui relie Séné à Vannes enjambe le ruisseau au lieu-dit "Pont d'Argent". C'est l'axe principal pour aller à Vannes. En aval de l'étang, une digue, des vannes et le moulin bloquent à marée haute l'eau de mer qui a pénétré l'étang. La digue est étroite et incurvée. Un chemin poursuit, passe au plus près de la maison du meunier puis bifurque vers le manoir de Cantizac et vers Kerhuilieu. La digue sera élargie à la fin du XIX°siècle. Le tracé retenu sera droit, enlevant à la mer quelques m² d'estran.

1844 Cantizac casdastre

En 1860, il l'exerce toujours lorsqu'il est témoin au mariage de Pierre Marie JOLAM, garçon meunier.

1860 Jolam mariage Le Ridant meunier CANO

La consultation fastidieuse des régistres d'état civil numérisés par les archvies du Morbihan permet de lire la profession des Sinagots qui déclarent par exemple la naissance d'un enfant. Il y a aussi le nom et la profession des témoins.

1863 Gachet meunier Cantizac

Sur cet extrait de naissance de Marie Le Viavant née à Cantinzac le 6 mars 1863, on peut lire que Pierre GACHET, meunier à Cantizac a été témoin. Pierre GACHET [2/09/1798 St Nolff - 23/12/1872 Sulniac]  était  déjà meunier au moulin de Caradec à Saint Nolff.

Cependant l'acte de vente de 1928 issu du Conservatoire des Hypothèques (voir plus bas) retrace l'histoire de la vente. Il apparait que le fils de Pierre GACHET, Jean Marie, acquiert en aout 1859, à l'âge de 23 ans, le moulin de Cantizac au sieur Charles Gratien FOULON, ex receveur du Morbihan qui a fait faillite. Depuis quand M. FOULON était propriétaire du moulin ? Pierre GACHET était probablement l'employé meunier de FOULON..

Jean Marie GACHET [7/05/1836-19/03/1901] se marie à Saint-Nolff le 4/11/1866 avec Marie Anne MARTIN. Ses enfants naitront à Séné. Jean Marie GACHET est un entrepreneur dynamique. Il reconstruit le moulin et l'équipe d'une chaudière pour s'affranchir des horaires des marées et de la capacité de l'étang de Cantizac qui sans doute s'est envasé avec le temps. Le moulin laisse place à une minoterie équipée de cylindres et de plansichter. le bâtiment s'élève sans doute sur au moins deux étages et les combles pour disposer les matériels de mouture.

L'abbé Louis Gachet livre dans le bulletin paroissial "le Sinagot" dans les années 1970, un souvenir d'enfance :

"Il était à un étage peut-être deux plus probablement, le 1er étage contenait surtout les cylindres – et aussi nécessairement les élévateurs qui dans toute minoterie se dressent et y fonctionnent de haut en bas et de bas en haut. Au 2ème étage, ou bien au grenier, il y avait les bluteries (plansichter) qui servent au tamisage ( ou blutage) des différentes moutures et séparent les farines et le son, jusqu’à ce que ayant monté et descendu – remonté et redescendu, tout ne tombe dans les chambres à farine pour attendre, ou dans des sacs prêts à être enlevés. Le moulin avait à son pignon Est, côté SENE, une lucarne d’où s’échappaient après un dépôt ( de grains cassés – ou de sable – ou d’autres grosses saletés), les poussières que, à tout le moins, on trouvait alors après vannage ou la battage dans les froments du pays. Pendant que le moulin tournait, l’éclairage électrique y était assuré – de même ailleurs qu’à la maison d’habitation du meunier assez proche. (Une merveille qu’un pareil éclairage en ces temps-là !!!)

Photo du chemin vicinal Source Emile Morin. Cette phto des années 30 permet de distinguer en second plan la hauteur du moulin..

1936 Cantizac vue chemin vicinal

Jean Marie GACHET, dont le frère Mathurin a été maire de Saint Nolff, se lancera aussi en politique et deviendra maire de Séné. Lire l'article dédié. Il donnera son accord à l'élargissement de la digue et à la création d'une voie directe vers Vannes qui changera la physionomie de Séné (lire digue et pont).

Lors du dénombrement de 1891, la famille GACHET emploie 5 domestiques et vit à Keravelo et non pas au moulin.

1891 Gachet meunier

La carte 1887  montre également la présence du moulin et de la retenue. En face côté Vannes on reconnait les salines de Rosvellec dont il reste aujourd'hui des vestiges. 

Cantizac Etat major

Après la mort de son père en 1901, le fils, Jean Marie Désiré GACHET [19/09/1867] reprend l'activité et apparait au dénombrement de 1901. Une certaine prospérité se dégage du foyer composé de deux ouvriers meuniers, de deux charetiers pour livrer la farine aux boulangers et de deux domestiques. Le temps où les paysans apportaient leur blé et repartaient avec leur farine semble révolu. D'autres difficultés apparaissent : se faire payer des boulangers !

1901 Cantizac Gachet Désiré Jean meunier

Le départ du meunier

Le 18 mars 1905, le Tribunal déclare en faillite la minoterie Gachet à Cantizac. Le moulin est vidé de sa machinerie et laissé à l'abandon.

1905 03 18 Cantizac faillite Gachet  1934 04 29 Cantizac vente 

Le beau-frère de Désiré GACHET, Jean Mathurin CAIJO et sa femme Née PERRTOIN, établis à Moustoirac, rachètent le moulin en 1907 pour le revendre en 1909 à M. EVENARD Mathurin sérurrier à Vannes. Après la mort de ce dernier en 1920, sa veuve et ses enfants cèdent le moulin en 1928 en indivision à M&Mme LE GOUGUEC, armateur à la Trinité sur Mer, M&Mme MAOUT et M&Mme TERIOUX. Ces trois propriétaires revendent en 1929 leur bien à Francis CHABREDIER et sa femme née FAUCONNET.

Source : Conservatoire des Hypothèques :

1928 Vente Hypothèque

M&Me CHABREDIER décident dès 1930 de s'en défaire mais la vente est invalidée. En mai 1934, comme l'indique l'article de presse ci-dessus, le moulin est remis en vente mais tarde à trouver un acquéreur. On ne parle plus de moulin mais d'une maison d'habitation.

En avril 1940, les batiments sont détruits par un incendie comme le rapporte cet article de Ouest Eclair daté du 19/04/1940.

1940 04 Ouest Eclair Incendie Cantizac

En octobre 1943, les ruines sont acquises par Eugène LE GUERNEVE de Vannes qui a dû remettre en état l'habitation. En novembre 1952, un certain Joseph Jean GUILLEVIC epoux CAUDAL acquiert l'habitation. En 1954, le moulin est acheté par la famille LE RAY et passera aux héritiers qui s'en déssaisissent 2014.

Photo aérienne www.remonter letemps (IGN) de 1952.

1952 Cantizac etang

Le nouveau propriétaire du vieux moulin de Cantizac a complètement restauré les batiments pour en faire une habitation moderne avec une superbe vue sur la Golfe du Morbihan et la pointe de Rosvellec.

2017 Cantizac maison moulin

 

CHRONOLOGIE 

1664 Confiscation des bien de Nicolas Fouquet

1673 Mme de castille récupère ses biens dont le moulin de Cantizac

1676 Yves Cormier et Jaquette Morice meuniers à Cantizac

1716 ca Le moulin devient propriété des Dames de la Visitation

1789 Révolution

1791 Le moulin devient bien national et M PERIER l'achète.

1793 A la mort de Périe la famille LETTY x Bouiully devien meunier à Cantizac

1805 Mort de Marc Letty, le moulin passe à son beau-frère Toussaint DALIDO

1828 Mort de Toussaint Dalido.

1841 La famille DENE est établie à Cantizac

1855 Julien DENE décède. Sa fille et son gendre LE RIDANT continuent l'activité

1860 LE RIDANT Pierre toujours meunier

1863 Pierre GACHET a repris le moulin

1866 Son fils Jean Marie GACHET modernise le moulin.

1901 Décès de jean Marie GACHET

1905 Faillite de Jean Marie Désiré GACHET

1907 Vente à M. CAIJO de Moustoirac

1909 Achat par M. EVENARD Mathurin sérurrier rue de l'abbatoir à Vannes

1914-18 1ère Guerre Mondiale

1928 Vente à M. LE GOUGUEC et consorts, armateurs à la Trinité sur Mer

1929 Vente à M; Francis CHABREDIER et sa femme née FAUCONNET

1930 Vente à Mr Tallusière Albert époux Hamon, invalidée pour non paiment

1934 Vente du moulin qui était une habitation par M. Chabedrier et Mme Fauconnet

1939-45 2° Guerre Mondiale

4/1940 : Incendie et destruction totale du moulin; Le moulin avait été transormé en logements saisonniers

10/1943 Vente à Eugène LE GUERNEVE époux Coquer, 9 rue de Conleau Vannes 

11/1952 Vente à Joseph Jean GUILLEVIC epoux CAUDAL

03/1954 Vente à André LE RAY, charpentier de Locmaria Grand-Champ 

01/1961 Vente à Mathurin Marie LE RAY

03/1970 Vente à Clément Louis Marie LE RAY époux Loyer

2007 Vente au propriéatire actuel.

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant de nombreuses années les Sinagots étaient pour beaucoup des paysans qui élevaient des animaux et cultivaient les champs. La production de céréales était nécessaire pour alimenter les bêtes et produire de la farine.  Il fallait moudre ces céréales pour produire des aliments pour le bétail et des farines alimentaires comme la farine de blé, la farine de seigle ou de sarrasin (blé noir).

Pour moudre le grain il faut un moulin, une meule et une force motrice pour l'actionner. L'histoire montre que l'activité meunière s'est souvent développé le long des cours d'eau pour tirer avantage de la force du courant.

Cet extrait du cadastre de 1844 montre qu'il existait le moulin du Prat sans doute situé sur la rivé gauche du Liziec à Vannes. Près de la chapelle de Saint Léonard à Theix, existait un autre moulin à vent sur la butte.

1844 moulin du Prat et St Léonard

En France, les moulins sont le troisième patrimoine bati après les églises/chapelles et les châteaux. Notre commune Séné a compté 2 moulins à vent à Cadouarn et Cano dont aucune trace ne subsiste et deux moulins à marée, le moulin de Bilherbon et celui de Cantizac.

Le meunier banal jusqu'à la Révolution

Les seigneurs exercent un véritable monopole en instaurant l'obligation d'utiliser le moulin banal pour toutes les personnes qui habitent dans l'aire du moulin. Fixée approximativement à une lieue.
Les paysans ont recours au moulin banal moyennant un prélèvement sur le grain appelé "émolument". Le meunier, lui, touche à titre de salaire, une rétribution en nature, "la mouture". Il travaille la plupart du temps avec un apprenti et quelquefois avec un chasse-pochée, qui va chercher le grain dans les fermes et livrer la mouture.

A partir du XIVè siècle, pour éviter au meunier de prendre trop d'importance dans la filière du pain, la profession de boulanger lui est interdite. Dès le XVIIè siècle, pour se diversifier, le meunier essaie d'assurer le transport de la marchandise de sa clientèle boulangère et de faire le commerce des grains et de la farine.

La prolifération des moulins en 1789

Au fil des siècles, le droit de moulin est de plus en plus remis en question. Le moulin du seigneur ne suffit pas toujours à la demande, les temps d'attente sont trop longs, et faute de concurrence, la qualité de la mouture s'en ressent.
Les révoltes des Moulinets se multiplient.
La Révolution met fin aux banalités en mars 1790, ce qui entraîne la multiplication des moulins qui deviennent alors des entreprises privées. Posséder un moulin est alors un signe d'indépendance, de richesse, et de symbole de prospérité.

Les grands changements dans la profession

Ces changements interviennent sous le Second Empire, vers le milieu du XIX ème siècle.
La meunerie traditionnelle laisse la place à la minoterie moderne avec l'arrivée des manufactures, et l'introduction des évolutions techniques. La machine à vapeur libère les usines des contraintes des énergies naturelles et les meules sont remplacées par des cribles cylindriques en "bluteau" , ce qui permet un meilleur nettoyage des grains.
Les moulins à vent et les petits moulins à eau sont les premiers à disparaître par milliers vers 1860.

Sans titre411

Le moulin de Cadouarn...

Une vielle carte de Séné datant de la fin du XVIII siècle mentionne déjà le moulin de Cadouarn que l'on retrouve également sur plusieurs cartes le long du XIX°s.

1771 1785 Moulin Canivarch

Cadouarn moulin cadastre    

cadouarn moulin napoleon 13   

Cadouarn moulin 1844

Une vieille coupure de presse permet d'attester son activité en 1851. Le récit de ce malheureux accident survenu en juin de 1851 quand le jeune Terrien âgé de 10 ans heurta les ailes du moulin.. 

1851 06 26 Séné Moulin Ranquin deces enfant

Toutefois, si le dénombrement de 1841 indique le meunier présent à Cano, les dénombrement de 1841, 1886 et 1891 ne mentionnent pas un meunier à Cadouarn. 

On retrouve pourtant au dénombrement de 1901 la famille Le Garec installée à Cadouarn et déclarant la profession de meunier. Claude Marie LE GAREC [23/10/1865 Sarzeau - 30/09/1949 Séné], dont le père était meunier à Sarzeau, s'est marié à l'ïle d'Arz le 6/11/1890 avec Pélagie Marie DALIDEC. Il déclare alors la profession de meunier.

1901 Cadouarn Meunier Le Garec

Le lieu de naissance de ses enfants permet de dater sa venue à Cadouarn. Joseph Louis nait le 4/04/1897 à Séné et un témoin à sa naissance n'est autre que Jean Marie Gachet minotier à Cantizac ! preuve d'une bonne entente entre confrères meuniers.

1873 Le Garec Joseph Louis Gachet

NB : Un des enfants du meunier GAREC sera mobilisé pendant la Première Guerre Mondiale et décèdera des suites d'une maladie pulmonaire. Son nom figure au monument au morts de Séné. Jean Marie Joseph GAREC [11/06/1895-18/10/1917].

Au dénombrement de 1906 la famille est recomposée. Veuf le 8/08/1902, Claude LE GAREC épouse le 18/06/1905, Joséphine Marie CADERO, fille de pêcheur à Cadouarn et lavandière.

1906 Cadouarn Meunier Garec

L'abbé Gachet Louis, fils de Jean Marie Gachet a livré au recteur de Séné ses souvenirs d'enfance dans le bulletin paroissial de 1975. Voir document pdf ci-joint.

"Les familles cultivaient du blé qui après moisson et battage était apporté au moulin pour en faire de la farine. Chacune reprenait sa farine qui était ensuite apportée au boulanger. La paille servait pour faire des matelas ou des couchettes sur les bateaux."

1907 09 18 Vente moulin Cadouarn

Que c'est-il passé ? Le moulin à vent de Cadouarn est-il toujours compétitif face à la nouvelle minoterie de Gachet ? Le moulin est mis en vente en octobre 1907. Il sera démolli en 1920 pour laisser aujourd'hui place plus tard à un transformateur EDF. La rue du Moulin près du Ranquin témoigne de son existence.

Croquis Cadouarn moulin  Ouessant moulin

L'abbé Le Roch, dans le bulletin paroissial Le Sinagot, se risque à un croquis pour illustrer à quoi ressemblait le moulin à vent de Cadouarn. Etait-il construit de pierre ?

Des vielles cartes postales montrent ici ou là en France des moulins à vents construit de bois comme celui d'Ouessant.

Le moulin de Cano...

L'autre moulin à vent en Séné était situé sur une butte à Cano comme nous l'indique ces extraits de vieilles cartes. Aujourd'hui, dans le quartier de Kercourse les rues Er meliner et le clos Melin rapellent son existence.

1771 1785 Moulin Cano

canneau napoleon 3

    canneau moulin 1844

Carte d'Etat major 1820-1866 :

Cano moulin 1820 1866

Sur l'Etat Nominatif des Habitant de 1841, on retrouve la trace de la famille Gicquello installée à Cano. Louis est veuf et s'active avec son fils Yves et ses deux filles.

1841 Cano Meunier Gicquello family

Le moulin a marée de Bilherbon...

La force des courants des marées a été utilisé sur 2 sites de la commune : le moulin de Cantizac et le moulin de Bilherbon. 

Il existait un étang à Auzon et comme le montre la carte de Cassini, une petite roue faisait actionner un moulin. Le cadastre napoléonien de 1810 montre que l'étang existe encore sans mentionner de moulin. 

 CassiniAuzon 

Etang Auzon Bilherbon 

 Le moulin est encore attesté dans la carte marine (Shom) de 1887 et disparait lors de l'assèchement de l'anse de Mancel. 

Bilherbon anse 1887

   Bilherbon cadastre 1844 5

Le site accueillera un casernement de douanier à situer sur l'île de Mancel au plus près des salines.

Avec la destruction de la digue en 1937, l'eau de mer reviendra toucher le bord de la digue de Bliherbon. Aujourd'hui le site est une propriété privée où des chevaux trottent près du ruisseau d'Auzon.

Bilherbon actuel 2  

 L'activité minotière a plus durée sur le site de Cantizac à l'entrée du bourg de Séné. (Lire article sur le sujet).

 

 

 

 

 

 

SOCIETE POLYMATHIQUE DU MORBIHAN

ATELIER TOPOGRAPHIQUE HISTORIQUE

Château Gaillard – 2 rue Noé – VANNES

L’ANSE DU BIL DE SENE

Par Camille Rollando

AVANT PROPOS : wiki-sene présente ici un travail de Camille ROLLANDO complété d'apports photographique et cartographique.

PRÉFACE

A nos fidèles lecteurs des productions de l'Atelier topographique mis en place par la Société Polymathique du Morbihan je souhaite, pour leur plus grand profit, que la brochure n° 6 satisfasse a leur curiosité en apportant des réponses à des questions restées longtemps indécises. Tel est le cas, pour le moins, de l'un d'entre eux, en la personne de votre serviteur.

A l'époque des faits rapportés ici, les habitants de la presqu'île de Rhuys ne disposaient, pour rendre visite à la cité des Vénètes. que du joyeux « petit train du CM » et des services imprécis de quelques bus prives cahotant et ahanant dans les rares côtes les séparant du chef-lieu. Restait, bien entendu, l'initiative privée, fondée pour l'essentiel sur les vertus du char à banc et le succès, grandissant, de la bicyclette individuelle. En ce qui me concerne et compte tenu de mon très jeune âge dans le premier cours des années vingt, je bénéficiais des avantages d'une selle adaptée à ma taille et fixée sur le cadre de la bicyclette paternelle, complétée d une paire d'appuie-pieds montés sur la fourche de la roue avant. Nous utilisions couramment le « passage de Saint-Armel » où officiait Louis Le Gai à bord du « Séné » (5 sous pour la bicyclette, 2 sous par passager).

Dans l'insouciance et l'ignorance de mon âge je ne m'inquiétais guère des « contraintes de la marée » qui paraissaient beaucoup marquer les conversations des grandes personnes, déterminantes pour la fixation des heures de dépari et de retour! J'ignorais, bien entendu, l'importance de l'événement que décrit notre publication II me semblait étonnant, toutefois, qu 'en certaines circonstances nous avions, sur le trajet compris entre le carrefour du chemin d'Ozon et le pied de la colline de Montsarrac, à patauger dans l'eau. D un cote s- 'étendait un bois de pins complètement envahi par des eaux qui. dans le même temps, mondaient la cour de la ferme voisine De l'autre côté une bergerie juchée sur un monticule dominait curieusement un paysage maritimo-rural • les haies des anciens champs, encore plantées de leurs arbres et buissons émergeaient curieusement de la mer: à marée basse se distinguaient encore très nettement les sillons qui, peu a peu, se couvraient d'algues insolites. Rouler dans l'eau ne m'inquiétait guère mais lofait, malgré ma naturelle confiance en la sagesse des adultes, ne laissait pas de m'étonner quelque peu.

Le commandant Camille Rollando, aujourd'hui, répond à toutes les questions que je pus me poser dans les années qui suivirent. Son enquête exhaustive me révèle les raisons d'un phénomène qui marqua l 'étonnement mêlé d'une certaine inquiétude que je ressentais alors. L'anse de Bilherbon, extraite des eaux par la volonté des hommes, était retournée à ses destinées premières.

J'ai pris un plaisir particulier à découvrir le sujet qui fait la substance de notre publication de ce jour. Je souhaite qu 'il en aille de même pour tous.

Yves LE BŒUF.


L'ANSE DU BIL EN SENE

ENDIGAGE ET ASSÈCHEMENT

Si l'on remonte à des temps très anciens, la période préromaine par exemple, cette baie, sans doute, n'existait pas. La côte devait offrir une ligne continue et ne faire qu'un seul bloc avec les terres environnantes. Au cours des siècles, la mer a poursuivi son travail de sape et découpé le rivage en creusant cette petite rade artificielle.

Carte de Cassini : Les villages de Moustérian, Kerleguen, Kerarden, Motsarrac ou encore Cressignan et Michot sont figurés. La chapelle d'Auzon et le moulin de Bilherbon avec une roue sont précisés ainsi que les maisons au Passage. L'anse est ouverte sur le Golfe du Morbihan.

Mancel Cassini

Carte du XVIII°siècle (1771-1785) : On reconnait le cordon de terre que constitue la pointe du Bil avec à son extrémité une peit îlot. L'île de Mancel est figurée séparé par l'asne de Barbon avec au fond le moulin à marée de Bilherbon et derrière la digue l'étang d'Auzon. De l'autre rive de l'île Mancel le cartographe a figuré le "ruisseau" laissé à marée basse par la mer. Cet espace se couvre à marée haute et la mer vient entourer l'île de Mancel et mouiller la côte à Montsarrac. Au sud, un chapelet d'ilôts  est figuré dont le Pechit, Senague (la Villeneuve).

1771 1785 Séné anse Mancel Bil

D'après les croquis datés du début du XIXème siècle, voici comment devait se présenter l'anse du Bil avant que la main de l'homme intervienne.

Venant du golfe, la mer pénètre entre l'extrémité du Bil de Moustérian à gauche et un îlot appelé Bechic à droite. Celui-ci est séparé de l'île de Peschit ou Senage que nous appelons aujourd'hui le Trech. Bot-Spemen est lui-même un îlot qui, comme son nom l'indique, est couvert de landes et de ronces (en breton : bosquet d'épineux) ; plus tard un large muret en maçonnerie le reliera au village de Montsarrac. On ne sait pas très bien à quelle époque il a été édifié, mais nous avons connaissance d'un procès-verbal d'experts maritimes, en date du 24 novembre 1786, venus constater l'état de vétusté de l'embarcation du passeur de Saint-Armel et réclamant la construction d'une chaussée pour faciliter l'embarquement des bestiaux.

TOPOGRAPHIE DU SITE

L'anse du Bil est située entre le bourg de Séné et le passage de Saint-Armel. Reportons-nous à la reproduction partielle d'une carte levée en 1820 par l'ingénieur hydrographe Beautemps-Baupré. (Cf.- carte page 2).

On y voit la baie, avec l'îlot Mancel en son milieu, ceinturé par les villages de Moustérian, Auzon, 1       Kerleguen, Kerarden et Montsarrac. En en faisant le tour, dans le sens des aiguilles d'une montre à partir del'embouchure, on laisse à gauche les anciennes salines de Moustérian, Auzon avec sa petite chapelle... Pour la petite histoire, ce hameau était autrefois une métairie noble qui appartint successivement de 1530 à 1781 aux sieurs Garlot (ou Curso), du Fossé et de Francheville. La chapelle, dédiée à saint Sébastien, fut édifiée près de la ferme-manoir ; elle a dû disparaître vers 1840-1846 car une partie de ses matériaux servirent à la construction de la chapelle de Kerarden en 1846 et dans laquelle on a transféré les statues de saint Roch et saint Sébastien. Emest Rialan, de la Société Polymathique du Morbihan (S.P.M) y a vu ses ruines en 1856, dans lesquelles il a découvert de nombreuses tuiles à rebord (tegulae) ainsi que des pierres brûlées par le feu, ce qui laisse à penser qu'il y avait là auparavant une habitation romaine.

Au fond de la baie existait autrefois un moulin de mer dit moulin du Herbon avec sa digue de retenue qui, plus tard surélevée et renforcée, deviendra le chemin d'intérêt communal IC 99, appelé chemin de Vannes à Pencadénic. Ce moulin, qui fonctionnait au rythme des marées, est signalé vers 1780 sur les cartes de Cassini (géographe de Louis XV) mais on n'en trouve aucune trace dans les archives. On peut raisonnablement penser, qu'à l'instar de celui de Cantizac, il était une dépendance de la sieurie noble d'Auzon.

On longe ensuite la côte ouest de Montsarrac puis on arrive à Bot-Spemen où sera plus tard construit, par le comte de Castellan, un château, actuellement propriété d'un industriel parisien.

Nous arrivons enfin au Peschit pour fermer la boucle. Ce site, bien connu des archéologues de la S.P.M. a été prospecté entre autres, par le Dr Lejards, le Cdt Baudre, Y. Rollando et Y. Coppens qui y ont découvert de nombreux vestiges d'augets et fours à augets gallo-romains. Beaucoup de ces objets sont d'ailleurs entreposés dans notre Musée.

DES PROJETS AMBITIEUX

L'histoire de l'anse du Bil a ses origines dans la 2° moitié du XVIIIème siècle, vers la fin du règne de Louis XV. A cette époque, les finances de la France, conduites par le chancelier de Maupeou et l'abbé Terray n'étaient guère brillantes. Ils décidèrent de prendre un certain nombre de mesures et parmi celles-ci, la promotion des produits du sol. Encouragées, des sociétés d'agriculture virent le jour dans tout le pays. En 1770, Parmentier vulgarise la pomme de terre. Des économistes suggérèrent d'assécher des marais afin de gagner des terres agricoles et l'Etat proposa d'accorder une exemption de dîmes et d'impôts pendant 20 ans à ceux qui réaliseraient ces assèchements. C'est ainsi que le financier nantais Graslin procéda avec succès à cette opération sur les marais de Donges et de Savenay. L'idée était bonne, d'autres la reprirent, en particulier un autre nantais, Pierre Joseph Couillaud de la Pironnière.

Période ancien régime :

Ce financier conçut le projet ambitieux d'assécher une bande de 1 300 hectares sur le pourtour du Golfe du Morbihan, dont l'anse du Bil. Les terrains furent concédés par ordonnance royale le 1er mai 1770, sous condition que l'assèchement soit effectué dans un délai de 10 ans. Mais M. de la Pironnière dut capituler devant l'hostilité générale des paroisses riveraines et à l'expiration du délai, présenta un nouveau projet plus modeste. Cette nouvelle concession fut accordée par un arrêté du Conseil d'État en date du 12 décembre 1780, avec les mêmes conditions de délais d'assèchement. Mais les réactions furent aussi violentes et M. de la Pironnière, déjà valétudinaire, mourut vers 1785. Sa veuve, héritière des droits, n'eut pas le courage de poursuivre et, avec la période révolutionnaire, le projet demeura en sommeil durant une vingtaine d'années.

1700 Anse du Bil

Sous l'Empire :

Il refait surface sous l'Empire avec les sieurs Martin et Lorois de Nantes. Ce dernier avait jeté son dévolu sur les marais du Poul en Saint-Armel et surtout l'anse du Bil en Séné, qui nous intéresse ici. Il écrit donc une longue lettre, en date du 5 octobre 1821, au préfet, comte de Chazelles, pour demander l'acquisition d'une anse qu'il signale comme improductive et recouverte à chaque marée, et réaliser son assèchement.

Pour appuyer sa requête, il en montre les avantages :

1.- Augmentation de la matière imposable en rendant productif un terrain inutile : d'où avantage pour l'État.

2.- En livrant à la culture une quantité considérable de terrain (100 hectares).

3.- En employant pendant longtemps un grand nombre d'ouvriers.

Malgré les oppositions des riverains, le préfet émet un avis très favorable.

Cadastre napoléonnien : 

1810 Mancel

 

A la Restauration :

L'ENTENTE EST LOIN D'ÊTRE CORDIALE

-21 Janvier 1822 : Réaction du conseil municipal de Séné.

             ... Il fait valoir les préjudices que l'assèchement entraînerait... les marins riverains du village de Moustérian n'ont d'autres mouillages pour leurs chaloupes, par mauvais temps, que la lande du Bil... si l'entrepreneur ne leur fournit pas un autre port, 24 chefs de famille seront obligés de quitter leur village... les laboureurs du même village éprouveraient la perte d'un marécage qui s'étend jusqu'à la métairie d'Auzon et qui sert de pâturage à une centaine de bestiaux à marée basse... que les habitants de Kerleguen, Kerarden et Montsarrac seraient privés du « béhain » qui sert habituellement d'engrais pour amender les champs...

Le 24 juin 1824, le ministre des Finances demande au préfet de lui fournir un rapport détaillé sur cette affaire et lui donner son avis ainsi que celui des personnes compétentes.

-          7 Juillet 1824 : Ordonnance du roi Louis-Philippe.

... Vu la demande des sieurs Martin et Lorois de la concession de sept lais de mer faisant partie de celles concédées précédemment au sieur Couillaud de la Pironnière (qui n'a pas rempli les conditions de la concession).

...Vu les avis favorables du préfet du Morbihan, du directeur des Ponts et Chaussées, du directeur de l'administration des Domaines.

...Vu l'article 41 de la loi du 16 septembre 1807 qui laisse, en dernier ressort, au gouvernement le soin de concéder les marais, lais et relais de mer.

...Donne son accord et concède au sieur Edouard Lorois l'anse du Bil située sur la commune de Séné, contenant environ 100 hectares, sous certaines conditions rédigées en 10 articles... en particulier que le dessèchement et l'endigage devront être effectués en trois ans et que tous les frais de défrichement seront à sa charge.

Un procès-verbal de reconnaissance est délivré, signé par le maire et deux membres de son conseil, l'ingénieur des Ponts et Chaussées et le représentant du préfet.

L'ENDIGAGE, UN TRAVAIL DE TITAN

Les travaux commencent très rapidement pour se terminer vers 1827, mais en réalité, les finitions et l'assèchement se poursuivent jusqu'en 1830. L'ouvrage principal est une digue de 200 mètres de long, 15 à 20 mètres d'épaisseur et 5 à 6 mètres de haut au milieu du chenal.

Un système de vannage est installé, qui aura un double effet, soit laisser entrer une certaine quantité d'eau de mer pour alimenter les salines de Billorois situées dans les terres basses, soit au contraire pour évacuer les trop-pleins d'eau douée vers la mer. Cette digue barre le passage entre le Bil de Moustérian et l'îlot Bechic. Un remblai de maçonnerie appelé petite digue sera établi entre Bechic et le Peschit, passage relativement étroit et peu profond. Un certificat « ad hoc », en date du 31 juillet 1834, de l'ingénieur de l'arrondissement du Sud certifie que « les travaux fort difficiles ont été bien exécutés et n'ont été terminés qu'en 1830, date à laquelle l 'endigage et l'assèchement sont complets ». 

Cadastre 1844 : ainsi apparait le polder une fois construite la digue "Lorois". La caserne des douanier à Bilorois est figuré sur l'île de Mancel.

1844 Mancel

Foto Anse du BIL

 

LA VALSE DES PROPRIÉTAIRES

Edouard Lorois, né en 1792, mène parallèlement une carrière préfectorale. Sous-préfet de Châteaubriant en 1815, il est nommé préfet de Vannes en 1830, puis conseiller d'État de 1843 à 1848, date à laquelle il sera révoqué à l'avènement de la IIème République. Ce sont ces activités importantes qui vont l'amener, sans doute, à vendre ses biens quelques années plus tard ;

-Le 31 août 1833 : II cède les 2/3 de sa propriété au sieur Augustin Septiivres, c'est-à-dire la ferme de Bilherbon avec ses dépendances (66 hectares). L'ensemble comprend :

1.- Des biens immeubles dans la partie dite du « Bil Lorois », à l'exception des marais salants et de leurs dépendances ainsi que la caserne des Douanes en construction.

2.- Dans l'étang du Herbon, chaussées et dépendances achetées en 1822 à Louise Le Courvoisier, Vve Le Blanc Lacombe.

3.- Divers autres bâtiments construits par M. Lorois sur des parcelles achetées à des particuliers. -             Toute cette propriété passera par la suite entre les mains de MM. O'Murphy, de Castellan et de Bouan du ChefduBos.

- Le 5 Septembre 1835 : II vend le 1/3 restant à M. de Castellan qui le cède, à son tour, à M. de Bouan, son cousin (la mère de M. de Castellan était née Anne Sophie de Bouan) qui va exploiter la propriété jusqu'à la fin du siècle. Les cultures pratiquées seront celles classiques de la région : blé, avoine, pommes de terre, choux et même du jonc utilisé pour ligaturer les gerbes de blé. Bien entendu, herbages et pâturages pour les ovins et bovins. Plus tard on verra un élevage de chevaux de boucherie.

Les décennies suivantes seront une période faste pour cette partie de la commune. Outre l'exploitation intensive de ces nouvelles terres agricoles, une usine de produits chimiques vient s'implanter à la Garenne près de Montsarrac en 1853, à l'initiative des frères Lagillardaie, négociants à Vannes. Cette usine, destinée à transformer les goémons et varechs en sulfate de potasse, chlorure de potassium, iode, brome, alun, chlorure de sodium, etc., utilise une main-d'œuvre non négligeable.

Cadastre en 1866 : Le trait noir épais montre les chemins et la voirie. 

 

 1866 Mancel anse

LES ENNUIS VONT COMMENCER

- Le 8 Juin 1901 : M. de Bouan vend la ferme de Bilherbon avec ses dépendances (66 hectares) ainsi que charrettes, instruments aratoires, pailles, foins, bestiaux, etc. à Mme Rohiing née Anna Eugénie Jégo et à M.Rohiing son époux, banquier en Hollande. La digue est comprise dans l'acte de vente. Le tout pour la somme de 60 000 francs. Dans l'acte, une clause stipule que l'entretien de la digue est entièrement à la charge du propriétaire.

Une partie du reste (22 hectares) sera vendue plus tard à M. Brouard, marchand de bois à Saint-Brieuc qui la cédera ensuite à M. Fleury, boucher à Vannes, M. de Bouan se réservant 14 hectares

- Le 28 Juillet 1912 : Une pétition de plusieurs cultivateurs adressée à la préfecture, signale le mauvais état de la digue de Bilherbon qui menace de se rompre et pourrait submerger environ 200 hectares. Ils signalent aussi que M. Rohiing, banquier à Amsterdam, a été prévenu mais n'a rien fait

- Le 22 Septembre 1913 : Lettre du conseiller général M. Marchais au préfet.... Il signale une fois de plus les grands dangers que fait courir l'état actuel de la digue. Il est certain qu'elle cédera à la première tempête. Il en résultera une inondation considérable... Il serait souhaitable que l'administration intervienne et fasse exécuter, au frais de qui de droit, la réfection qui s'impose. 1914 c'est la guerre ! La préfecture estimant la propriété Rohiing délaissée et mal exploitée, la fait occuper par une escouade militaire.

- Le 18 Juin 1917 : Rapport du subdivisionnaire des Ponts et Chaussées

... Il y a urgence à procéder à la réparation de la digue, pour éviter un désastre avant la prochaine marée d'équinoxe. M. Rohiing, à qui incombe entièrement les réparations, n'a pas donné signe de vie depuis longtemps et ne répond à aucune lettre... En désespoir de cause et comme les ouvriers se font rares (c'est la guerre), l'autorité militaire qui exploite la ferme de Bilherbon pourrait envisager l'emploi de main-d'œuvre militaire. Le capitaine Ferron du 35cme régiment d'artillerie, qui dirige la ferme, a visité la digue accompagné de l'ingénieur des Ponts et Chaussées.

- Le 30 Décembre 1920 : Lettre du préfet à l'ingénieur des Ponts et Chaussées.

... Il signale que le rapport de son prédécesseur est toujours d'actualité, à ceci près que la ferme n'est plus exploitée par le 35emc régiment d'artillerie, mais par M. Théodore Laudrain, cultivateur à Kerleguen... Divers autres courriers insistent sur l'état critique de la digue et devant le silence de la propriétaire, Mme Rohiing, il est suggéré la création d'une association syndicale libre.

1912 Mancel plan cadastral

PREMIÈRE RUPTURE DE LA DIGUE

Les années suivantes l'état de la digue reste précaire et ce qui devait arriver arriva : la rupture depuis si longtemps annoncée.

- Le 22 Décembre 1925 : Une effroyable tempête ravagea les côtes morbihannaises causant d'immenses dégâts à terre comme en mer. A Bilherbon, une brèche de 20 mètres s'ouvrit dans la digue et la mer en furie s'engouffra, submergeant environ 130 hectares des terres basses cultivées appartenant pour la plus grande partie à Mme Rohiing et pour des moindres parts à Messieurs Fleury et Brouard.

MOBILISATION DES PROPRIÉTAIRES EXPLOITANTS

- Le 29 Mai 1926 : Un projet d'association syndicale est rédigé par M. Charles Pleyber, géomètre expert. II est equTyal27 hectares submergés contre 23 hectares émergés. Il évalue le montant des travaux à 122 825 francs.

Voici la liste des propriétaires (gros et petits) concernés :

Mancel propriétaires

- 10 Janvier 1928 : Première assemblée générale de l'association syndicale.

Les membres qui la constituent sont : Mme Rohiing (d'office), R. Fleury Dr. Bérard, E. Savaiy, Mme de Bouan Dr Canet.Melle Robino, F. Le Franc, J-F. Le Ray, Mme Vve Noblanc et la commune de Séné, propriétaire du chemin IC 99.

Quatre personnes refusent d'adhérer au syndicat : F. Le Franc, J-F. Le Ray, la veuve Noblanc et la commune de Séné qui demande à consulter au préalable le conseil municipal.

Peu de temps après, le conseil se réunit et décide, non seulement d'adhérer mais d'octroyé,^une ^et^^^^^^^ étaient prévus.

Les statuts sont déposés le 10 mars 1928 par le président R. Fleury. Tous les fonds ayant été recueillis, la digue sera réparée sous la direction de M. Charles Pleyber, maître d'œuvre et conseiller technique du syndicat.

1927 Digue Lorois breche

1927 Travaux Mancel prévus

INERTIE DES PROPRIÉTAIRES DE LA DIGUE

- 6 Août 1929 : Assemblée générale du syndicat en présence de M. Le Corvée, adjoint au maire et le Dr. Besse conseiller général, représentant le préfet. Le bilan financier à ce jour indique 164 410 francs de recettes et 150 885 francs de dépenses. Il reste donc un avoir en caisse de 13 525 francs.

L'assemblée demande au préfet de désigner un séquestre des biens de Mme Rohiing qui se dérobe à toute communication et ne règle pas ses contributions qui se montent à 20 000 francs.

- 1er Janvier 1932 : Lettre adressée par le syndicat au préfet, faisant un historique succinct des événements. Elle indique qu'en 1901, les propriétaires du lais de mer de 65 hectares, cédé à Mme Rohiing née Anna Jégo et mariée à un banquier hollandais, devaient par contrat se charger intégralement de l'entretien de la grande digue et de sa restauration pour deux tiers de la dépense en cas de dégradations par des événements de force majeure.

En 1911, l'ouvrage montra des signes de fatigue, Mme Rohiing fit faire (mal) quelques petites réparations, s'en désintéressa jusqu'en 1914, date à laquelle elle disparut de la circulation, à tel point que, pendant la guerre, la propriété fut occupée au titre des terres vacantes par la préfecture. La guerre terminée, elle revint à Vannes percevoir le montant de ses loyers, puis on n'eut plus de ses nouvelles que par la poste restante d'Orléans, La Rochelle et Besançon. Depuis 1928, plus rien...

L'ASSOCIATION SYNDICALE SE FÂCHE

- 6 Octobre 1934 : Procès-verbal déposé au Greffe du tribunal civil de Vannes par Me Camenen à la demande de M. Charles Pleyber, pour poursuites et saisie à l'encontre de M. et Mme Rohiing.

Objet concerné : vente sur saisie immobilière de la propriété de Bilherbon comprenant : bâtiments d'habitation et d'exploitation (cours, granges, écuries, courtils, aires, jardins, prés, pâturages, terres labourables, friches, landes, marais etc.).

Amende de 5 000 francs à payer à M. Pleyber.

La saisie immobilière est signifiée aux consorts Rohiing ayant demeuré à Bordeaux n° 3 rue Gobineau et actuellement sans domicile en France.

L'ensemble de la propriété est cadastrée du n° 184 au n° 313 et concerne Bilherbon, Billorois et le Bechic pour une superficie totale de 63 ha 65 a 83 ça.

Origine de la propriété : Melle Anne Eugénie Jégo, demeurant à Bordeaux, n° 3 rue Gobineau pour l'avoir acquise de M. Henri du Bouan du Chef du Bos et de Mme Anna du Gargouet, son épouse, demeurant ensemble au Val Bouan, commune de Planguenoual (Côtes du Nord).

La vente est faite pour payer les créanciers. - Art. 20.- la propriété est englobée dans le périmètre de l'association syndicale du lais de mer de Bilherbon, chargée de l'entretien des ouvrages de défense contre la mer. - Art. 21.- la mise à prix initiale sera de 35 000 francs en un seul lot.

- Novembre 1934 : Lettre de l'association syndicale au préfet.

Elle dit ceci : l'association a été créée par arrêté préfectoral du 10 mars 1928 pour la restauration de la digue détruite le 22 décembre 1925 et pour la défense contre la mer qui avait envahi 150 hectares. L'association comprenait 10 propriétaires (plus la commune), dont Mme Rohiing possédait la moitié du terrain. Elle avait totalement disparu depuis 1914 et n'a pas participé financièrement aux travaux. Les dernières réparations dataient de 1910 et c'est à cause d'elle que s'est produit le désastre. En conséquence, la propriété sera vendue le 18 décembre prochain.

La vente se fait à la bougie. A la première bougie l'enchère monte à 52 000 francs. Deux autres bougies sont brûlées sans succès. Finalement la propriété est adjugée pour la somme de 52 000 francs à M. Le Peivé Pierre, veuf de Marie Josèphe Périgault. La vente est enregistrée à Vannes, le 22 février 1935.

Vers la même époque, M. Le Boleis achète la ferme de la Villeneuve et ses dépendances à M. Fleury (32 ha 84). - 22 Novembre 1936 : Réunion du syndicat pour discuter d'une contribution extraordinaire de ses membres dans la perspective de travaux de maçonnerie au titre de l'année 1937.

Sont concernés :

Mancel vente rohling

À PEINE CICATRISÉES, LES PLAIES SONT ROUVERTES

 

DEUXIÈME RUPTURE DE LA DIGUE

Article de presse 20 mars 1937

1937 03 20 Séné TempeteLe 14 mars 1937, une violente tempête, conjuguée avec la marée de vives-eaux précédant la grande marée d'équinoxe, provoque une énorme brèche dans la grande digue. - 15 Mars 1937 : Rapport du maréchal des logis Le Diagon.

... Le 14 mars 1937, la digue de Montsarrac s'est rompue sur une longueur de 15 mètres environ. La ferme de Bilherbon a été mondée. Le propriétaire a pu évacuer à temps sa famille et ses bêtes. Les maisons du « Purgatoire » ont été mondées également à marée haute. Les villages de Montsarrac et Kerarden sont actuellement isolés. Les chemins V.O. n° 3 de Michotte et V.O. n° 4 du Purgatoire sont submergés... - 20 Mars 1937 : Rapport du président de l'association au préfet.

... La digue, d'une longueur de 200 mètres, a été recouverte le 14 mars 1937 par les vagues qui ont débordé sa crête et provoqué de nombreuses brèches dont la principale a 40 mètres de longueur au point le plus élevé.

...C'est là, d'ailleurs, que s'était produite la brèche de 1925. Elle s'est produite vers 06 h 30 du matin ; la mer s'est précipitée en torrent sur les terres basses où paissait un troupeau de moutons que le propriétaire eut du mal à sauver et dont il dut se défaire à bas prix dans la journée, faute de trouver des locaux pour les abriter. La marée a recouvert tout le terrain situé entre les digues et le chemin I.C. 99, puis entre celui-ci et le chemin vicinal de Kerarden. Les terres basses seraient laissées sous l'emprise de la mer (105 hectares), réparties entre 6 propriétaires dont Le Peivé 54 hectares et Le Boleis 25 hectares. Cette surface inondée pourrait être utilisée pour la pêche professionnelle à leur bénéfice, en attendant une autre solution... - 1er Juin 1937 : Lettre de l'association syndicale au préfet.

Si aucune mesure de protection n'est prise avant l'hiver, la transformation de la presqu'île de Montsarrac en plusieurs îles, entraînant la destruction de quantités de propriétés, est une chose à envisager, par le résultat de la jonction du lais de mer de Bilherbon avec la rivière de Noyalo... - 24 Novembre 1937 : Compte-rendu de l'assemblée générale du Syndicat.

On donne lecture d'une lettre du préfet relative à l'établissement d'une vanne automatique sur l'aqueduc du chemin I.C. 99. Cette vanne avait été demandée par le syndicat pour évacuer les eaux douées entre deux marées.

... Le syndicat maintient sa demande de reconstruction de la digue ; sinon, une juste rémunération en compensation de la perte de leurs terres inondées, dont le retour au domaine public maritime doit devenir, pour l'État, une source de bénéfices du fait de l'ostréiculture...

- 10 Juin 1938 : Lettre de l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.

... La digue fut établie vers 1927 pour isoler environ 100 hectares concédés par une ordonnance royale de 1824. Entretenue jusqu'au début du XXème siècle par les propriétaires du lais de mer qui ne purent s'entendre sur la répartition des frais... la digue fut plus ou moins délaissée... la digue est rompue le 25 décembre 1925... le chemin I.C. 99 est submergé à chaque vive-eau et rehaussé en 1927... la digue fut reconstruite en 1928 grâce à une association syndicale.

La dépense s'éleva à 166 000 francs ; elle fut supportée par l'État (90 000 francs), le département (24 000 francs), la commune (12 000 francs) et les propriétaires (40 000 francs). Seule parmi les concessionnaires, Mme Rohiing, qui possédait la majeure partie des terrains, n'a pas participé aux frais. L'association prit les frais d'entretien à sa charge mais en 1933, elle déclara n'avoir plus de ressource et, de ce fait, délaissa le barrage qui fut rompu une deuxième fois en 1937. - 21 Août 1938 : Assemblée générale du syndicat, en présence de M. Ménard, maire de Séné.

- Membres présents : MM. Le Boleis, Laudrain, Le Peivé, Kerrand.

- Membres absents : Mme Vve Noblanc, Dr. Bérard, MM. Pleyber, Savary.

... On évoque la rupture de la digue, ce qui a eu pour conséquence que les terrains sont devenus à nouveau domaine maritime jusqu'au plus grand flot de mars... les dommages causés aux biens et aux récoltes... malgré les critiques concernant l'entretien de la digue, on s'accorde pour dire qu'il a fallu un cataclysme comme le raz de marée du 14 mars 1937 (jamais vu en Bretagne) pour provoquer la rupture...

Le maire indique que si les membres de l'association veulent entreprendre la reconstruction de la digue, l'administration est disposée à verser la somme de 300 000 francs. Les membres du syndicat déclarent être dans l'impossibilité de faire un effort pécuniaire supplémentaire... ils demandent l'exonération des taxes foncières sur les terres envahies et sur les immeubles maintenant improductifs.

Les choses restèrent en l'état. Un an plus tard éclatait la seconde guerre mondiale de 1939-1945. On peut imaginer l'amertume et la désillusion des principaux fermiers qui avaient tant oeuvré pour mettre ces terres en valeur. On réalise aussi combien l'Homme reste fragile face aux déchaînements des éléments, lorsqu'il se met en tête de contrarier la nature.

Ces dramatiques événements ont naturellement trouvé de larges échos dans la Presse de l'époque. Avant de clore cette petite histoire de l'Anse du Bil, voici un article paru en fin de 1926 dans un journal que je crois être le « Nouvelliste du Morbihan ». Il est écrit dans le style emphatique et alambiqué propre à cette époque, et est intitulé : « La Leçon du Passé ».

 

 

LA LEÇON DU PASSE

Vers 1830, un gentilhomme breton, M. de Castellan, dont la vigoureuse nature s'accommodait mal du régime romantique, alors en faveur à Paris, quittait la capitale pour venir accomplir chez nous une besogne de titan. Ses propriétés s'étendaient en bordure de vasières longeant la côte de Séné à Montsarrac. L'une d'elles, d'une superficie de plus de 300 hectares, s'ouvrait sur le golfe par un goulet large d'environ 200 mètres.

Tant de terrain perdu mettait la mort dans l'âme du gentilhomme campagnard, aussi résolut-il de le récupérer en fermant le goulet. Pendant plus de deux ans on y travailla ferme. La main-d'œuvre était réduite, les fonds très limités ; la besogne formidable, puisqu'il s'agissait d'opposer au flot un massif de maçonnerie de la longueur du goulet et large de plus de 30 pieds. Parfois la tempête et les fortes marées d'équinoxe anéantissaient en quelques heures le travail de plusieurs mois mais, grâce au courage indomptable des travailleurs, un jour vint où les lames impuissantes se brisèrent à la solide barrière et l'on put, dès lors, se livrer à l'aménagement du terrain conquis.

Plus de 300 hectares furent ainsi mis en culture, modifiant avantageusement ce quartier de la commune de Séné dont l'importance s'accrut, bientôt de quelques fermes et d'une agglomération : le village de Bilherbon. Les prairies furent bordées de pins, les champs plantés de pommiers ; la vasière drainée s'écoula par un charmant ruisseau. Bref, ce fut un Eden à la place du marais pestilentiel.

Cette victoire péniblement remportée sur les éléments - épisode héroïque de la lutte incessante des paysans morbihannais contre la mer envahissante - et qui paraissait devoir apporter aux habitants de Bilherbon une paix définitive, devait malheureusement, 100 ans après, être suivie d'un désastre retentissant.

Le 25 décembre 1925, une tempête formidable s'abattait sur nos côtes. Notre journal en rapporta les échos lamentables : toitures enlevées, arbres déracinés, etc. A Bilherbon, ce fut un cataclysme.

Dès les premières rafales, on s'était inquiété. La digue, qui, avouons-le, n 'avait pas eu les soins nécessaires de la part de ceux qui, pourtant, lui devaient leur aisance, reçut de rudes assauts.

La tempête redoublant d'intensité et la pression des eaux devenant irrésistible, une brèche se produisit. On essaya bien de la combler, mais les conditions de travail étaient telles que l'on dut abandonner tout espoir d'arrêter le flot mugissant qui, libéré, alla fouiller de son écume blanche son domaine d'autrefois.

Des arbres furent fauchés, des maisons s'écroulèrent; les habitants s'en échappèrent à grand'peine. Le lendemain, l'état des lieux était tel qu'avant la rude entreprise du comte de Castellan.

L'émotion fut énorme dans toute la région. On porta largement secours aux malheureux sinistrés - plus de 10 familles ruinées -puis les jours passèrent : on oublia. Les gens du pays n'approchèrent que le moins possible de la région dévastée et bientôt l'on n 'y vit plus que quelques touristes appelés là par le goût perverti du pittoresque macabre. Une année s'est écoulée. Où 'a-t-on fait pour Bilherbon ? Nous sommes allés nous en rendre compte.

Il pleut, il vente : hiver 1926. Là-bas, le spectacle est encore plus catastrophique qu'en 1925. Les maisons rendues squelettiques par les coups impitoyables des tempêtes successives évoquent les plus sinistres illustrations de la guerre. IL 'eau salée et corrosive a couvert d'une hideuse lèpre rougeâtre tout ce qu'elle a touché. Les algues desséchées, marquant l'étiage des fortes marées, pendent lamentablement sur les tiges des arbres morts. Au bruit que nous faisons pour sortir des fondrières de la route un maigre paysan sort de sa maison. A notre approche, il disparaît dans un chemin bourbeux, fuyant comme un pauvre.

Un passant nous renseigne. La route de Montsarrac et celle de Michotte qui traversent le quartier de Bilherbon, sont de véritables routes du front. Par fortes marées elles sont coupées par les eaux et leur emploi devient précaire et même dangereux. Les villages de Kerdren et Kerleguen plongent dans l'eau bourbeuse leurs silhouettes déchiquetées. Le mal est incalculable. Voyons la blessure ! 1

De la route de Montsarrac, éloignée d'environ 500 mètres - elle semble insignifiante -petite brèche dans la barre noire de la digue. Vu de près, elle n'apparaît guère formidable. Qu'est-elle, comparée à la trouée formidable à laquelle s'attaqua le vaillant Castellan ?... Tout au plus une vingtaine de mètres à combler et ce, cela avec les outils merveilleux que la science met, de nos jours, entre les mains des travailleurs.

Alors que penser ? La leçon du courageux ancêtre n'aura-t-elle donc point porté des fruits ? On nous dit bien : c 'est une question d'argent qui empêche que le malheur soit réparé tout de suite... Il faudrait plus de 100 000 francs pour remettre la digue en état. Mais qu'est-ce 100 000 francs en regard des 300 hectares perdus ? Le département ne peut-il desserrer les cordons de sa bourse et serait-ce là pour lui un mauvais placement ?

Du reste, les propriétaires sinistrés ne semblent pas vouloir bouder à la besogne. Ce qui les empêche de se mettre immédiatement à l'œuvre, c'est la lourde charge qu'ils ont à assumer. Alors venons-leur en aide. Que le département fasse un geste généreux ; la commune de Séné n'est pas riche, mais elle se saignera à blanc pour secourir ses enfants de Bilherbon. Les Ponts et Chaussées, qui sont toujours sur la brèche, ne pourront moins faire que d'apporter leur concours éclairé et, sous peu, si chacun y met du sien, les mânes du comte de Castellan, qui avaient frémi à l'heure du cataclysme, pourront reposer en paix. (1).- Le Nouvelliste du Morbihan ? ? fin 1926.

QUELQUES REMARQUES

Cet article qui relève d'un bon sentiment, puisqu'il appelle à ne pas oublier, comporte toutefois de grossières erreurs que je me dois de rectifier.

Il ressort de tous les documents que j'ai consultés que la concession a été accordée à Edouard Lorois à charge pour lui d'exécuter les clauses du contrat, ce qu'il a réalisé dans les délais.

Le comte de Castellan n'est donc pour rien dans la construction de la digue. D'ailleurs Louis Joseph de Castellan est né à Quintin dans les Côtes du Nord en 1815. Il avait donc neuf ans au moment où ont commencé les travaux d'endigage et douze ans quand ils ont été terminés. M. de Castellan est décédé le 11 août 1891, à l'âge de 76 ans, en son château de Bot Spemen. On peut voir sa tombe à l'entrée du cimetière de Séné.

Il est également exagéré de parler d'une propriété de 300 hectares dans l'anse du Bil. Les terrains concédés en 1824 à Edouard Lorois avaient une surface de 100 hectares. Ils passèrent ensuite entre les mains de Augustin Septiivres puis M. O'Murphy avant d'être cédés à M. de Castellan qui les cédera à son tour à son cousin M. de Bouan.

Camille ROLLANDO

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Sources : Archives Départementales du Morbihan S 1568

VESTIGES DE LA DIGUE :

Vue aérienne à marée basse :

Mancel IGN

Carte postale :

Séné La Garenne La Villeneuve

Pilier sur l'île Pechit  

Digue Lorois pilier

Système de vannes : 

Digue Lorois vanne

Digue de pierre entre la Villeneuve et Pechit: 

Digue Lorois vestige 2