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Les géographes en prenant des cotes et en établissant la cartographie d'un lieu, opèrent aussi un travail de mémoire.

L'histoire du moulin de Cantizac à Séné peut être retracée par les cartes disponibles.

La carte de Cassini, qui date du XVIII°siècle, montre que la vasière naturelle au fond du Golfe du Morbihan est déjà exploitée pour sa force marémotrice.

Cantizac Cassini     Nicolas Fouquet

Selon Camille Rollando, (Séné d'Hier et d'Aujourd'hui) le moulin de Cantizac appartenait à Nicolas FOUQUET [1615-1680]. Le roi Louis XIV le lui confisque en 1664. Après sa mort, son épouse Marie Madeleine de CASTILLE [1635-12/12/1716] reprend la possession de ses terres de Cantizac.(sources wiki-pedia).

[Lire également l'histoire du Manoir de Cantizac qui dresse la genealogie des propriétaires du lieux]

Il faut distinguer le propriétaire, qui sous l'Ancien Régime est le plus souvent un noble ou une confrérie religieuse, de l'exploitant, le meunier, qui fort de sa technique fait tourner le moulin et moud le grain.

Ainsi, vers 1676, Yves Cormier et sa femme Jaquette Morice sont meuniers à Cantizac (Source Rollando). 

Mme de Castillan va se séparer du moulin et des biens qui l'entourent qui échoient à la famille LE MEZEC d'Auray qui vendent à leur tour les biens en 1714 à la congrégation des Dames de la Visitation de Vannes (source infobretagne.com) :

Des familles de meuniers se succèdent à Cantizac pour faire tourner le moulin, créant souvent des "dynasties" de meuniers.

1771 1785 SENE Cantizac

Louis SIMON [1670-11/01/1731 Séné-Cantizac] meunier à Elven à la date de son mariage (15/7/1698) avec Marguerite SEVENO [9/4/1684 -   ] vient s'établir à Saint-Avé où nait son fils aîné André [15/6/1704]. Puis, il vient faire tourner le moulin de Cantizac où nait sa fille Catherine en 1708.

1730 SIMON André Cantizac

Son aîné André meurt en 1730 à Séné et la famille marit la cadette Catherine SIMON, le 24/4/1731 à Claude MORICE [1/9/1706-12/10/1739], fils d'un meunier de Locmariaquer. De cette union naitront plusieurs enfants dont Guillaume MORICE. Au décès de leur père Claude en 1739, Mme Simon-MORICE épouse le 2/8/1740 François LE MAGREIX dont elle aura une fille Jeanne [3/8/1743-4/1/1790] puis à nouveau veuve, elle prend pour mari Jean GUYOT le 20/4/1744. A l'âge adulte, Guillaume MORICE reprend les reines du moulin. 

1764 MAURICE meunier Cantizac

Cet extrait de naissance daté du 10 novembre 1764 nous relate que la garçon meunier Joseph NICOL employé par la famille MAURICE ou MORICE à Cantizac va "réparer sa faute" et épouser Marie Louise MORICE (née le 28/11/1737), soeur du meunier Guillaume MORICE, qui vient d'accoucher d'une petite fille nommée Anne. 

1734 MORICE Claude Cantizac

En août 1762, Laurence GUIDINIAC mariée à Séné le 23/07/1754 avec Guillaume MORICE accouche d'une petite fille. Dernière trace sur les registre paroissiaux de leur présence à Cantizac.Il semble que des 5 enfants Morice, aucun n'ait repris le moulin, expliquant ainsi le changement de nom du meunier.

En épousant le 17/11/1767, Joseph BOUILLY, Jeanne LE MAGREIX, fille de Catherine SIMON et de son 2d mari, François LE MAGREIX, transmet le moulin de Cantizac à la famille BOUILLY. Le couple Bouilly x Le Magreix aura pas moins de 14 enfants, dont 2 jumelles, de 1768 à 1784. L'une des deux jumelles, Marie Jeanne BOUILLY [22/01/1776 - 7/07/1805] épousera Marc LETTY qui s'installe meunier à Cantizac.

1771 BOUILLY Meunier Cantizac

Photo : Archives du Morbihan - Ancien moulin du Hézo. Peut-être que le moulin de Cantizac ressemblait à ce moulin avant la Révolution.

Le Hezo moulin maree

A la Révolution, le bien devient national. La terre de Cantizac et ses dépendances sont acquises, le 20 avril 1791, par M. Périer, Directeur de la Compagnie des Indes à Lorient, au prix de 85,000 livres.(Source infobretagne.com). Jacques Paul Augustin PERIER [26/05/1746-1793] s'était marié en 1777 à Marie-Charlotte CARIER. Issu d'une noblesse récente, Périer est inquiété pendant la Terreur. Il se suicide à Lorient en 1793, durant, ou juste après son incarcération. En 1794, son épouse et sa fille seront assassinées par les Chouans sur la route de Lorient en allant recueillir sa succession.

Cet extrait d'un livre atteste cette acquisition.

1791 cantizac Périer

Dès lors le propriétaire du moulin de Cantizac sera aussi son exploitant. Ce capital sera transmis en héritage et une lignée familiale de meuniers voa faire tourner le moulin de Cantizac aux portes de Séné.

1796 LETTY Marc fils de meunier Cantizac

L'acte de naissance de Pierre Marie LETTY, né le 1er août 1796 ("vieux style" correspondant au 14 Thermidor de l'An IV) nous indique que ses parents, Marc LETTY [1771-26/07/1805] et Marie Jeanne BOUILLY [1776-7/07/1805], sont meuniers à Cantizac. Le père de Marc, Vincent Letty était déjà meunier à Treffléan. Les époux Letty décèdent en 1805 et il semble que de leurs nombreux enfants, sans doute trop jeunes, aucun n'ait pu reprendre le moulin.

La minoterie échoit au beau-frère de Marc Letty, Toussaint DALIDO [29/10/1780-27/05/1828], époux de Louise BOUILLY [2/09/1784-27/06/1823]. L'acte de naissance de sa fille en 1820 nous atteste l'activité de meunier des Toussaint DALIDO à Cantizac. Les DALIDO sont issus d'une famille de meuniers établis à Billiers. Une branche de la famille donnera Louis Jules DALIDO, patron du Moulin de l'Etang aux Ducs à Vannes, qui brûlera dans un terrible incendie en 1910.

1820 Dalido meunier fille Louise

La malchance règnerait-elle au sein des meuniers à Séné ? Toussaint DALIDO perd sa femme en 1823 et décède en 1828. Les sites de genealogie recensent plus de 8 enfants, dont deux jumeaux mais aucun n'arrive à l'âge adulte. A son décès en 1828, le moulin va changer de propriétaire.

1700 1820 Cantizac meuniers

Extrait du cadastre 1810 : le moulin est positionné sur la digue; la maison du moulin est quant à elle sise sur le chemin qui mène au manoir. La carte figure aussi le "gois" à Kerhuileu fait de pierres qui permet de gagner la pointe de Rosvellec.

Cantizac cadastre 1810 2

Dans l´enquête industrielle de 1836, ce moulin est décrit comme un moulin à roue droite, avec une meule venant de Vannes et une qualité des moutures dite à la grosse (farine utilisée uniquement par le boulanger qui réalisait lui-même le tamisage) ou à la lyonnaise (son moulu une seconde fois).(Source Inventaire du Patrimoine de Bretagne).    

Lors du dénombrement de 1841, Julien DENE déclare l'activité de meunier à Cantizac et emploie un garçon meunier. La consultation des tables décennales et des sites de genealogie permet de retrouver l'acte de décès de Julien DESNE à Séné Cantizac le 2/07/1855. Il a marié sa fille Mathurine Anne [19/08/1817 Plumelec - 2/03/1878 Le Hézo] à un meunier du Hézo en 1848. Il a enterré son fils Jean [28/11/1824 Plaudren - 8/07/1854 Limoges, transcrit à Séné] alors incorporé dans le 5° régiment des hussard à Limoges.

1841 Meuniers Cantizac DENE

Carte postale : figurant en habit de garçon meunier coiffé de la calaboussen et chaussé de sabot. Roscoff

Fils de meunier coiffé de la calaboussen

Toutefois sa fille, Louise Françoise DENE [29/09/1815 Plumelec] se marie en 1840 avec Pierre LE RIDANT, un gars de Séné, et déclare la profession de meunière. Pierre LE RIDANT adopte le métier de sa femme.

Extrait de cadastre 1844 :

L'étang de Cantizac reçoit les eaux du ruisseau éponyme en amont. la route principale qui relie Séné à Vannes enjambe le ruisseau au lieu-dit "Pont d'Argent". C'est l'axe principal pour aller à Vannes. En aval de l'étang, une digue, des vannes et le moulin bloquent à marée haute l'eau de mer qui a pénétré l'étang. La digue est étroite et incurvée. Un chemin poursuit, passe au plus près de la maison du meunier puis bifurque vers le manoir de Cantizac et vers Kerhuilieu. La digue sera élargie à la fin du XIX°siècle. Le tracé retenu sera droit, enlevant à la mer quelques m² d'estran.

1844 Cantizac casdastre

En 1860, il l'exerce toujours lorsqu'il est témoin au mariage de Pierre Marie JOLAM, garçon meunier.

1860 Jolam mariage Le Ridant meunier CANO

En 1845 le moulin est acheté par Charles AVROUIN FOULON qui fera faillite et vendra le moulin à Joseph Gachet. Cet annonce notariale de 1859, indique que le moulin de Cantizac, exploité par la veuve Desné est mis en vente.

1859 Moulins SENE Desné vente

La consultation fastidieuse des régistres d'état civil numérisés par les archvies du Morbihan permet de lire la profession des Sinagots qui déclarent par exemple la naissance d'un enfant. Il y a aussi le nom et la profession des témoins.

1863 Gachet meunier Cantizac

Sur cet extrait de naissance de Marie Le Viavant née à Cantinzac le 6 mars 1863, on peut lire que Pierre GACHET, meunier à Cantizac a été témoin. Pierre GACHET [2/09/1798 St Nolff - 23/12/1872 Sulniac]  était  déjà meunier au moulin de Caradec à Saint Nolff.

Cependant l'acte de vente de 1928 issu du Conservatoire des Hypothèques (voir plus bas) retrace l'histoire de la vente. Il apparait que le fils de Pierre GACHET, Jean Marie, acquiert en aout 1859, à l'âge de 23 ans, le moulin de Cantizac au sieur Charles Gratien FOULON, ex receveur du Morbihan qui a fait faillite. Depuis quand M. FOULON était propriétaire du moulin ? Pierre GACHET était probablement l'employé meunier de FOULON..

Jean Marie GACHET [7/05/1836-19/03/1901] se marie à Saint-Nolff le 4/11/1866 avec Marie Anne MARTIN. Ses enfants naitront à Séné. Jean Marie GACHET est un entrepreneur dynamique. Il reconstruit le moulin et l'équipe d'une chaudière pour s'affranchir des horaires des marées et de la capacité de l'étang de Cantizac qui sans doute s'est envasé avec le temps. Le moulin laisse place à une minoterie équipée de cylindres et de plansichter. le bâtiment s'élève sans doute sur au moins deux étages et les combles pour disposer les matériels de mouture.

L'abbé Louis Gachet livre dans le bulletin paroissial "le Sinagot" dans les années 1970, un souvenir d'enfance :

"Il était à un étage peut-être deux plus probablement, le 1er étage contenait surtout les cylindres – et aussi nécessairement les élévateurs qui dans toute minoterie se dressent et y fonctionnent de haut en bas et de bas en haut. Au 2ème étage, ou bien au grenier, il y avait les bluteries (plansichter) qui servent au tamisage ( ou blutage) des différentes moutures et séparent les farines et le son, jusqu’à ce que ayant monté et descendu – remonté et redescendu, tout ne tombe dans les chambres à farine pour attendre, ou dans des sacs prêts à être enlevés. Le moulin avait à son pignon Est, côté SENE, une lucarne d’où s’échappaient après un dépôt ( de grains cassés – ou de sable – ou d’autres grosses saletés), les poussières que, à tout le moins, on trouvait alors après vannage ou la battage dans les froments du pays. Pendant que le moulin tournait, l’éclairage électrique y était assuré – de même ailleurs qu’à la maison d’habitation du meunier assez proche. (Une merveille qu’un pareil éclairage en ces temps-là !!!)

Photo du chemin vicinal Source Emile Morin. Cette phto des années 30 permet de distinguer en second plan la hauteur du moulin..

1936 Cantizac vue chemin vicinal

Jean Marie GACHET, dont le frère Mathurin a été maire de Saint Nolff, se lancera aussi en politique et deviendra maire de Séné. Lire l'article dédié. Il donnera son accord à l'élargissement de la digue et à la création d'une voie directe vers Vannes qui changera la physionomie de Séné (lire digue et pont).

Lors du dénombrement de 1891, la famille GACHET emploie 5 domestiques et vit à Keravelo et non pas au moulin.

1891 Gachet meunier

La carte 1887  montre également la présence du moulin et de la retenue. En face côté Vannes on reconnait les salines de Rosvellec dont il reste aujourd'hui des vestiges. 

Cantizac Etat major

Après la mort de son père en 1901, le fils, Jean Marie Désiré GACHET [19/09/1867] reprend l'activité et apparait au dénombrement de 1901. Une certaine prospérité se dégage du foyer composé de deux ouvriers meuniers, de deux charetiers pour livrer la farine aux boulangers et de deux domestiques. Le temps où les paysans apportaient leur blé et repartaient avec leur farine semble révolu. D'autres difficultés apparaissent : se faire payer des boulangers !

1901 Cantizac Gachet Désiré Jean meunier

Le départ du meunier

Le 18 mars 1905, le Tribunal déclare en faillite la minoterie Gachet à Cantizac. Le moulin est vidé de sa machinerie et laissé à l'abandon.

1905 03 18 Cantizac faillite Gachet  1934 04 29 Cantizac vente 

Le beau-frère de Désiré GACHET, Jean Mathurin CAIJO et sa femme Née PERRTOIN, établis à Moustoirac, rachètent le moulin en 1907 pour le revendre en 1909 à M. EVENARD Mathurin sérurrier à Vannes. Après la mort de ce dernier en 1920, sa veuve et ses enfants cèdent le moulin en 1928 en indivision à M&Mme LE GOUGUEC, armateur à la Trinité sur Mer, M&Mme MAOUT et M&Mme TERIOUX. Ces trois propriétaires revendent en 1929 leur bien à Francis CHABREDIER et sa femme née FAUCONNET.

Source : Conservatoire des Hypothèques :

1928 Vente Hypothèque

M&Me CHABREDIER décident dès 1930 de s'en défaire mais la vente est invalidée. En mai 1934, comme l'indique l'article de presse ci-dessus, le moulin est remis en vente mais tarde à trouver un acquéreur. On ne parle plus de moulin mais d'une maison d'habitation.

En avril 1940, les batiments sont détruits par un incendie comme le rapporte cet article de Ouest Eclair daté du 19/04/1940.

1940 04 Ouest Eclair Incendie Cantizac

En octobre 1943, les ruines sont acquises par Eugène LE GUERNEVE de Vannes qui a dû remettre en état l'habitation. En novembre 1952, un certain Joseph Jean GUILLEVIC epoux CAUDAL acquiert l'habitation. En 1954, le moulin est acheté par la famille LE RAY et passera aux héritiers qui s'en déssaisissent 2014.

Photo aérienne www.remonter letemps (IGN) de 1952.

1952 Cantizac etang

Le nouveau propriétaire du vieux moulin de Cantizac a complètement restauré les batiments pour en faire une habitation moderne avec une superbe vue sur la Golfe du Morbihan et la pointe de Rosvellec.

2017 Cantizac maison moulin

La maison du meunier existe toujours à quelques pas du vieux moulin rénové.

Cantizac meunier

 

CHRONOLOGIE 

1664 Confiscation des bien de Nicolas Fouquet

1673 Mme de Castille récupère ses biens dont le moulin de Cantizac

1676 Yves Cormier et Jaquette Morice meuniers à Cantizac

ca 1700 : la famille LE MEZEC d'Auray est propriétire du Moulin

ca 1708 famille SIMON meuniers à Cantizac

1714 ca Le moulin devient propriété des Dames de la Visitation

1735-1762 famille MORICE x Simon meuniers à Cantizac

ca 1771 : famille BOUILLY meuniers à Cantizac

1789 Révolution

1791 Le moulin devient bien national et M PERIER l'achète.

1793 A la mort de Périer la famille LETTY x Bouilly devient meunier à Cantizac

1805 Mort de Marc Letty, le moulin passe à son beau-frère Toussaint DALIDO

1828 Mort de Toussaint Dalido.

1841 La famille DENE est établie à Cantizac

1855 Julien DENE décède. Sa fille et son gendre LE RIDANT continuent l'activité

1860 LE RIDANT Pierre toujours meunier

1863 Pierre GACHET a repris le moulin

1866 Son fils Jean Marie GACHET modernise le moulin.

1901 Décès de jean Marie GACHET

1905 Faillite de Jean Marie Désiré GACHET

1907 Vente à M. CAIJO de Moustoirac

1909 Achat par M. EVENARD Mathurin sérurrier rue de l'abbatoir à Vannes

1914-18 1ère Guerre Mondiale

1928 Vente à M. LE GOUGUEC et consorts, armateurs à la Trinité sur Mer

1929 Vente à M; Francis CHABREDIER et sa femme née FAUCONNET

1930 Vente à Mr Tallusière Albert époux Hamon, invalidée pour non paiment

1934 Vente du moulin qui était une habitation par M. Chabedrier et Mme Fauconnet

1939-45 2° Guerre Mondiale

4/1940 : Incendie et destruction totale du moulin; Le moulin avait été transormé en logements saisonniers

10/1943 Vente à Eugène LE GUERNEVE époux Coquer, 9 rue de Conleau Vannes 

11/1952 Vente à Joseph Jean GUILLEVIC epoux CAUDAL

03/1954 Vente à André LE RAY, charpentier de Locmaria Grand-Champ 

01/1961 Vente à Mathurin Marie LE RAY

03/1970 Vente à Clément Louis Marie LE RAY époux Loyer

2007 Vente au propriéatire actuel.

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant de nombreuses années les Sinagots étaient pour beaucoup des paysans qui élevaient des animaux et cultivaient les champs. La production de céréales était nécessaire pour alimenter les bêtes et produire de la farine.  Il fallait moudre ces céréales pour produire des aliments pour le bétail et des farines alimentaires comme la farine de blé, la farine de seigle ou de sarrasin (blé noir).

Pour moudre le grain il faut un moulin, une meule et une force motrice pour l'actionner. L'histoire montre que l'activité meunière s'est souvent développé le long des cours d'eau pour tirer avantage de la force du courant régulier.

Cet extrait du cadastre de 1844 montre qu'il existait le moulin du Prat sans doute situé sur la rivé gauche du Liziec à Vannes. Près de la chapelle de Saint Léonard à Theix, existait un autre moulin à vent sur la butte.

1844 moulin du Prat et St Léonard

En France, les moulins sont le troisième patrimoine bati après les églises/chapelles et les châteaux.Notre commune atteste de la présence de 2 moulins à vent à Cadouarn et Cano dont aucune trace ne subsiste et de 2 moulins à marée, le moulin de Bilherbon aujourd'hui disparu et celui de Cantizac (lire article dédié)

Et peut-être un moulin bateau à Barrarach ?

Un internaute m'a fait remarqué que la carte de Cassini positionne le symbole d'un moulin en bas de la butte de Barrarach.

Cassini Séné Barrach

Sous l'ancien régime, il était fréquent que des meuniers installent un ponton ou une barque sur la rive d'une rivière pour tirer avantage de la force motrice du courant. Au goulet de Conleau, aux heures des marées, le Golfe du Morbihan développe un courant suffisamment puissant pour qu'un meunier ait installé une machine pour moudre le grain. Il faudrait trouver trace du-dit meunier dans les actes d'état civil d'avant la Réolution pour confirmer cette hypothèse.

moulin bateaux fleuve

Le meunier banal jusqu'à la Révolution

Les seigneurs exercent un véritable monopole en instaurant l'obligation d'utiliser le moulin banal pour toutes les personnes qui habitent dans l'aire du moulin. Fixée approximativement à une lieue.
Les paysans ont recours au moulin banal moyennant un prélèvement sur le grain appelé "émolument". Le meunier, lui, touche à titre de salaire, une rétribution en nature, "la mouture". Il travaille la plupart du temps avec un apprenti et quelquefois avec un chasse-pochée, qui va chercher le grain dans les fermes et livrer la mouture.

A partir du XIVè siècle, pour éviter au meunier de prendre trop d'importance dans la filière du pain, la profession de boulanger lui est interdite. Dès le XVIIè siècle, pour se diversifier, le meunier essaie d'assurer le transport de la marchandise de sa clientèle boulangère et de faire le commerce des grains et de la farine.

La prolifération des moulins en 1789

Au fil des siècles, le droit de moulin est de plus en plus remis en question. Le moulin du seigneur ne suffit pas toujours à la demande, les temps d'attente sont trop longs, et faute de concurrence, la qualité de la mouture s'en ressent.
Les révoltes des Moulinets se multiplient.
La Révolution met fin aux banalités en mars 1790, ce qui entraîne la multiplication des moulins qui deviennent alors des entreprises privées. Posséder un moulin est alors un signe d'indépendance, de richesse, et de symbole de prospérité.

Les grands changements dans la profession

Ces changements interviennent sous le Second Empire, vers le milieu du XIX ème siècle.
La meunerie traditionnelle laisse la place à la minoterie moderne avec l'arrivée des manufactures, et l'introduction des évolutions techniques. La machine à vapeur libère les usines des contraintes des énergies naturelles et les meules sont remplacées par des cribles cylindriques en "bluteau" , ce qui permet un meilleur nettoyage des grains.
Les moulins à vent et les petits moulins à eau sont les premiers à disparaître par milliers vers 1860.

Sans titre411

Le moulin de Cadouarn...

Une vielle carte de Séné datant de la fin du XVIII siècle mentionne déjà le moulin de Cadouarn que l'on retrouve également sur plusieurs cartes le long du XIX°s.

1774 Cadouarn ROGER meunier

Cet acte de naissance du 15/07/1774 nous indique que Guillaume ROGER, est meunier à Cadouarn au moins depuis 1770 date de la naissance de son fils Jean, dont la marraine n'est autre que Jeanne MAGRE, femme du meunier de Cantizac.

1771 1785 Moulin Canivarch

Cadouarn moulin cadastre    

cadouarn moulin napoleon 13   

Cadouarn moulin 1844

Une vieille coupure de presse permet d'attester son activité en 1851. Le récit de ce malheureux accident survenu en juin de 1851 quand le jeune Terrien âgé de 10 ans heurta les ailes du moulin.. 

1851 06 26 Séné Moulin Ranquin deces enfant

Toutefois, si le dénombrement de 1841 indique le meunier présent à Cano, les dénombrement de 1841, 1886 et 1891 ne mentionnent pas un meunier à Cadouarn. 

On retrouve pourtant au dénombrement de 1901 la famille Le Garec installée à Cadouarn et déclarant la profession de meunier. Claude Marie LE GAREC [23/10/1865 Sarzeau - 30/09/1949 Séné], dont le père était meunier à Sarzeau, s'est marié à l'ïle d'Arz le 6/11/1890 avec Pélagie Marie DALIDEC. Il déclare alors la profession de meunier.

1901 Cadouarn Meunier Le Garec

Le lieu de naissance de ses enfants permet de dater sa venue à Cadouarn. Joseph Louis nait le 4/04/1897 à Séné et un témoin à sa naissance n'est autre que Jean Marie Gachet minotier à Cantizac ! preuve d'une bonne entente entre confrères meuniers.

1873 Le Garec Joseph Louis Gachet

NB : Un des enfants du meunier GAREC sera mobilisé pendant la Première Guerre Mondiale et décèdera des suites d'une maladie pulmonaire. Son nom figure au monument au morts de Séné. Jean Marie Joseph GAREC [11/06/1895-18/10/1917].

Au dénombrement de 1906 la famille est recomposée. Veuf le 8/08/1902, Claude LE GAREC épouse le 18/06/1905, Joséphine Marie CADERO, fille de pêcheur à Cadouarn et lavandière.

1906 Cadouarn Meunier Garec

L'abbé Gachet Louis, fils de Jean Marie Gachet a livré au recteur de Séné ses souvenirs d'enfance dans le bulletin paroissial de 1975. Voir document pdf ci-joint.

"Les familles cultivaient du blé qui après moisson et battage était apporté au moulin pour en faire de la farine. Chacune reprenait sa farine qui était ensuite apportée au boulanger. La paille servait pour faire des matelas ou des couchettes sur les bateaux."

1907 09 18 Vente moulin Cadouarn

Que c'est-il passé ? Le moulin à vent de Cadouarn est-il toujours compétitif face à la nouvelle minoterie de Gachet ? Le moulin est mis en vente en octobre 1907. Il sera démolli en 1920 pour laisser aujourd'hui place plus tard à un transformateur EDF. La rue du Moulin près du Ranquin témoigne de son existence.

 Croquis Cadouarn moulin   

L'abbé Le Roch, dans le bulletin paroissial Le Sinagot, se risque à un croquis pour illustrer à quoi ressemblait le moulin à vent de Cadouarn. Etait-il construit de pierre comme ce moulin qui existait à Saint-Armel.

Moulin de Saint Armel usine ludré

Le moulin de Cano...

L'autre moulin à vent en Séné était situé sur une butte à Cano comme nous l'indique ces extraits de vieilles cartes. Aujourd'hui, dans le quartier de Kercourse les rues Er meliner et le clos Melin rapellent son existence.

1771 1785 Moulin Cano

canneau napoleon 3

    canneau moulin 1844

Carte d'Etat major 1820-1866 :

Cano moulin 1820 1866

Sur l'Etat Nominatif des Habitant de 1841, on retrouve la trace de la famille Gicquello installée à Cano. Louis est veuf et s'active avec son fils Yves et ses deux filles.

1841 Cano Meunier Gicquello family

Le moulin a marée de Bilherbon...

La force des courants des marées a été utilisé sur 2 sites de la commune : le moulin de Cantizac et le moulin de Bilherbon. 

Il existait un étang à Auzon et comme le montre la carte de Cassini, une petite roue faisait actionner un moulin. Le cadastre napoléonien de 1810 montre que l'étang existe encore sans mentionner de moulin. 

 CassiniAuzon 

Etang Auzon Bilherbon 

 Le moulin est encore attesté dans la carte marine (Shom) de 1887 et disparait lors de l'assèchement de l'anse de Mancel. 

Bilherbon anse 1887

   Bilherbon cadastre 1844 5

Le site accueillera un casernement de douanier à situer sur l'île de Mancel au plus près des salines.

Avec la destruction de la digue en 1937, l'eau de mer reviendra toucher le bord de la digue de Bliherbon. Aujourd'hui le site est une propriété privée où des chevaux trottent près du ruisseau d'Auzon.

Bilherbon actuel 2  

 L'activité minotière a plus durée sur le site de Cantizac à l'entrée du bourg de Séné. (Lire article sur le sujet).

 

 

 

 

 

 

Dans le bulletin paroissial, Le Sinagot, le recteur Joseph LE ROCH (1968-1980) nous racontait la présence de la vigne sur le territoire communal de Séné. Cet article est ici reproduit annoté et illustré. Il montre la présence de parcelles de vignes à Séné avant la Révolution.

Du Moyen-Âge à la Révolution, on cultivait autrefois la vigne à Séné

La propriété d'Auzon - La propriété de Cantizac - Et la Salle

Les religieuses de la Visitation ou Visitandines, établies à VANNES en 1638, à l'emplacement de l'actuelle Caserne des Trentes [qui a laissé place aujourd'hui à un parking derrière la mairie), acquirent le 30 janvier 1714 de dame Renée TRUILLO, épouse et procuratrice générale d'écuyer Guillaume LE BARTZ "avec promesse et obligation de toute garantie", le lieu et maison noble d'Auzon, avec ses appartenances et dépendances, situées en la paroisse de SENE, y compris une pièce sous vigne, cernée de murailles, contenant un journal de terre, autrefois appelée "la vigne de Randrecar ou de Callac", proche ladite maison d'AUZON et une autre pièce de terrre contenant environ deux journaux, située en la motte d'AUZON, à la charge auxdites religieuses de tenir et relever lesdites maisons d'AUZON et deux pièces de terre prochement et noblement du Roi notre sire, sous la cour de VANNES, à devoir de rachat, foi et hommage. Cette acquisition se fit par acte du rapport de M. LE BARBIER, notaire royal.

(Présidial B 315 p.68).

IGN Ozon parcelle vignoble

Annotation : Cette vue aérienne de la ferme d'Ozon (source IGN) laisse apparaitre une parcelle ceinturée d'un muret. Il pourrait s'agir de l'ancien emplacement de la vigne d'Auzon. Ci-dessous vue google du muret.

google Ozon muret

En 1714 encore, le 22 février, par acte au rapport du M. LE BARBIER, "Messire Jean de la MONNERAYE, chevalier, seigneur de BOURGNEUF et dame Marguerite LE MEZEC son épouse, vendaient aux religieuses de la Visitation la maison, terre noble, et seigneurie de CANTIZAC et la SALLE, situées en la paroisse de SENE, comprenant :

- le manoir principal et ancien dudit CANTIZAC, avec les logements pourprés, cours, jardns, vergers, fuie, garennes, bois de haute futaie et de décoration, rabenés et taillis, prés et priaireis; 

- la métairie de CANTIZAC, avec tous ses logements, terres labourables, pâtures et friches, prés et prairies, jardins et vergers, vignes et étang;

Annotation : il y aurait eu une vigne près du moulin de Cantizac au bourg de Séné.

-les métairies nommées le grand et le petit GOURGELEN et le GERNUES; deux desquelles métairies sont à présent appelées KERLIVIO et les deux autres KERAVELO;

- les deux moulins de CANTIZAC et d'HERBON, avec leurs chaussées, étangs, refouls, logements, issues et franchises;

- une maison ruinée avec ses prés, terres labourables, landes, pâtures et vignes nommées "Pen-er-sal";

- les rentes foncières et centives, dépendant desdites terres de CANTIZAC et de la SALLE, droit de banc et enfeu prohibitifs, tombes élevées dans le choeur et chanceau de l'église paroissiale de SENE, et autres droits honorifiques et de prééminence appartenant auxdites terres et seigneuries de CANTIZAC et de la SALLE;

- De plus, le droit de four à ban de la paroisse de SENE et droit de bannalité reconnus par les commissaires du roi, le 28 décembre 1689 et le 19 mai 1690;

- Le tout échu à ladite dame BOURNEUF des successions d'écuyer Julien LE MEZEC, sieur de Saint Jean, et de dame Marguerite de CHAMPOING, ses père et mère;

à la charge auxdites religieuses de les tenir et relever prochement et noblement du roi notre sire, sous son domaine et juridiction de VANNES, et de payer pour l'avenir et à compter du jour de Toussaint dernier, les rentes par argent et grains qui se trouveront dues tant audit domaine qu'à d'autres. Ladite vente et cession ainsi faite entre parties, pour et en faveur de la some de 30.000 livres tournois de principal et accessoires.."

(Présidial B315, p.69).

En la même année 1714, le 23 août, les mêmes religieuses restèrent adjudicataires des maisons et métairies de KERVADY et de CARIEL avec un moulin à vent, le tout situé en la paroisse de SENE.

Ces biens provenaient de la succession bénéficiaire de Robert LOYER et de Nicole de LA ROCHE, sa femme, et furent vendus en la juridiction de l'abbaye de Saint Georges de RENNES pour la somme de 15.050 livres tournois.

(Présidial B315 p.119)

A la Révolution, le 2 janvier 1791, les fermes de CANTIZAC, de KERDAVY et d'AUZON, étaient estimées valoir 4.021 livres 8 sols et 2 deniers. Mais, il fallait déduire comme charges 206 livres 17 deniers pour 12 perrées de seigles sur la terre de CANTIZAC.

La terre de CANTIZAC et ses dépendances furent vendues comme biens nationaux et acquises le 20 avril 1791 par M. PERRIER de Lorient au prix de 85.000 livres.

(Bulletin de la Société Polymathique 1897 p.171 à 178).

Ainsi ces relevés notariaux du XVIII siècle montrent la présence de vigne à Séné. D'autres sources attestent la présence de viticulture à Séné. Ainsi le cadastre de 1840 indique qu'une parcelle de terrain à Cadouarn porte le nom de "La Grande Vigne". Encore aujourd'hui, l'Allée de la Vigne" nous rappelle le passé viticole de Séné.

1844 les grandes vignes

Ce tableau issu d'une étude du Parc Naturel du Golfe du Morbihan, nous retrace les grandes dates de la viticulture dans le Morbihan.

Histo Vigne 56 PNR

Sur la Presqu'île de Rhuys, la vin a eu son heure de gloire au XIX°siècle et au début du XX°. On y a produit un alcool distilé, la fine de Rhuys.

Mignonette fine de Rhuys.png